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Face aux enjeux climatiques, démographiques ou sociétaux, les communes doivent se réinventer. Être entouré d’experts en urbanisme devient alors une véritable nécessité.
Rencontre avec deux experts de LSC360 : Henning Nieboer, Directeur de Service Trafic et Mobilité, ainsi que Ben Backendorf, Coordinateur de Service Urbanisme.
- En préambule, peut-on revenir sur l’activité de LSC360 et son récent rebranding ?
Ben Backendorf : LSC360 est un bureau d’études et d’ingénieurs-conseils. Nous sommes actifs dans de nombreux domaines de l’ingénierie tels que l’urbanisme, l’aménagement du territoire, l’environnement ou encore les infrastructures pour en citer quelques-uns. Le nom LSC360 est, quant à lui, né d’un rebranding intervenu en novembre 2024, qui a vu la fusion de sept entités composant LSC Engineering Group par le passé. Parmi elles, citons Luxplan ou Simon-Christiansen & Associés entre autres.
Henning Nieboer : Nous sommes aujourd’hui 250 experts, dotés d’une approche holistique, très commode pour nos clients. Autrement dit, nous prenons en charge la conception, la mise en œuvre et la construction des projets. L’architecture est la seule dimension dont nous n’avons pas la responsabilité.
Nos clients sont issus à proportion égale du secteur public et privé. Pour ce dernier, nous parlons alors de particuliers comme d’entreprises ou de promoteurs. Les promoteurs publics, l’État et les communes constituent en revanche la typologie du secteur public.
- Plus personnellement, quelles sont vos expertises ?
BB : Pour ma part, je suis actif depuis plus de 10 ans dans l’aménagement communal et le développement urbain : le PAG, le PAP ou bien l’assistance à la maitrise d’ouvrage.. C’est un métier qui impose de disposer d’une vue d’ensemble, afin de pouvoir rassembler tous les acteurs et leurs expertises au service du projet en question.
Nous devons être capables de proposer des solutions durables et sur-mesure. Comme Henning ici présent, je suis conseiller logement depuis 2021. Ma mission consiste à effectuer un suivi régulier de cette thématique auprès des communes
HN : Nous devons comprendre tous les enjeux et les articuler entre eux. Le thème de la mobilité par exemple, a des répercussions sur le domaine environnemental, puis sur celui de l’énergie et enfin des infrastructures. Toutes les thématiques sont interdépendantes, imbriquées les unes dans les autres. Il s’agit donc d’intégrer cette caractéristique dès le départ et de faire intervenir les expertises de manière conjointe et ordonnée. Nous sommes des coordinateurs ou des médiateurs en quelques sorte.
« Toutes les thématiques sont imbriquées les unes dans les autres. Il s’agit donc de faire intervenir toutes les expertises de manière conjointe. »
Henning Nieboer
- A quels défis font face les communes que vous accompagnez ?
BB : Les préoccupations des communes sont très diverses car elles font face à de nombreux défis. L’État produit des lois ou règlements auxquels les communes doivent se conformer et les mettre en œuvre. Prenons l’exemple du Pacte Logement en 2021, qui imposait la création de logements abordables. C’est une responsabilité forte, qui implique des tâches spécialisées pour lesquelles les communes doivent être accompagnées. Elles ne sont souvent pas dotées des ressources humaines et techniques, nécessaires à l’élaboration de ce type de réalisations. L’évolution règlementaire et technique constante est un autre sujet qui occasionne certaines complexités également. Enfin, le changement démographique comme la croissance de la population , son vieillissement ou l’arrivée d’une population plus jeune apportant de nouvelles idées en termes de modes d’habitation, engendre des problématiques nouvelles, pour les plus petites communes notamment.
HN : La mobilité est un autre défi pour les communes. Chacun d’entre nous le ressent lorsqu’il est coincé dans un embouteillage le matin et le soir. Cette problématique, comme celles que Ben a évoquées, ne va pas aller en s’améliorant, bien au contraire. Le plus flagrant à cet égard est le changement climatique. Les communes doivent donc réagir vite, avec pertinence et efficacité. Nous sommes là pour les aider.
- A cet égard, comment les accompagnez-vous ? Avec quelle méthodologie ?
HN : Tout dépend bien évidemment du projet. Nous n’avons pas un standard que nous déclinons selon la maîtrise d’ouvrage que nous avons face à nous. Nos solutions sont sur-mesure.
Cela commence donc par une analyse précise et détaillée des besoins, puis la constitution d’une équipe d’experts spécialisés, dont nous disposons en interne ou que nous convoquons depuis des bureaux d’études externes. Les services internes de la commune sont également intégrés, pour une collaboration totale et fluide.
Je tiens à préciser qu’il faut inclure également les citoyens, prendre leurs avis en compte et les faire participer à la création de solutions.
BB : Nous aidons la commune à développer une stratégie et une vision globale et partagée afin de relever les défis de manière concertée. Nous l’avons évoqué plus tôt, nous œuvrons pour mettre autour de la table les différents métiers, les différents services et les faire interagir. Au-delà de nos expertises propres, c’est donc un rôle de chef d’orchestre que nous endossons. L’objectif est clair, le cap est bien défini et les étapes sont bien agencées.
« Notre approche holistique est le garant d’un développement durable et résilient, qui permet d’établir de nouvelles manières de vivre. »
Ben Backendorf
- En quoi l’approche holistique et la reconnexion des différentes strates de l’aménagement du territoire est-elle fondamentale ?
BB : L’idée centrale est de constituer des synergies pour gagner en efficacité et en pertinence. Ce sont autant d’économies de temps et de coûts qui sont en jeu. Cette approche est également le garant d’un développement durable et résilient, qui permet d’établir de nouvelles manières de vivre sur le long terme.
HN : Dans la mesure où chaque interlocuteur devra s’adapter, changer un peu, il est impératif de n’oublier personne sur le bas-côté, chacun doit être pris en compte. C’est aussi pourquoi cette approche holistique est la plus pertinente.
J’ajouterai que toute la complexité d’une telle approche ne réside pas dans la théorie, mais bien dans sa mise en œuvre pratique. La question à se poser c’est : comment appliquer un corpus de savoirs adapté et structuré afin qu’il réponde parfaitement à des besoins et des contraintes plurielles.
- Comment réagissent les habitants des communes ?
HN : Les projets sur lesquels nous travaillons concernent leur cadre de vie, leur voisinage, leurs équipements. Les habitants n’ont donc pas de mal à se sentir impliqués et à s’intégrer aux différents processus, bien au contraire. Tous les parents ont envie que le trajet du domicile à l’école soit sans danger pour leurs enfants et eux-mêmes !
Ils ont donc bien conscience que l’aménagement de la voirie, la limitation de la vitesse et l’utilisation des transports en commun plutôt que d’un SUV avec moteur diesel est préférable.
BB : Nous veillons aussi à les accompagner dans le changement. Les administrés peuvent parfois se sentir dépassés face à la vague règlementaire et aux modifications qu’elles entrainent dans leur quotidien. En impliquant les citoyens dans l’élaboration d’une stratégie, en développant une vision partagée, nous créons du consentement d’une part, mais nous facilitons également l’adoption des nouveautés avec l’objectif de mettre en œuvre concrètement la résilience par rapport aux changements actuels et futurs.
Nous avons à cœur de mettre en œuvre une approche pédagogique et non restrictive.
- Concrètement, pouvez-vous nous donner un exemple de projets de ce type ?
HN : Certains lotissements que nous avons conçus et dont nous avons supervisé la construction limitent l’accès aux voitures. Les garages sont à l’extérieur de la zone d’habitation. C’est donc beaucoup plus calme, moins pollué et les enfants peuvent jouer dans la rue. En revanche, c’est un bouleversement des habitudes pour les résidents. A cet égard, l’urbanisme reflète toujours la société et son esprit.
BB : Les quartiers mixtes sont une belle réussite aussi. Les résidents n’ont pas besoin de véhicule motorisé pour s’y déplacer, tout est atteignable à pied ou en vélo. La distinction entre « habiter » et « travailler » y est plus perméable, de nombreux commerces sont présents également. Il y a de la vie dans ces quartiers, tous les jours et à toute heure. Pas seulement le week-end ou à 8h et 18h. Le quotidien y est donc à la fois très agréable et tout à fait commode, pratique.
- Comment abordez-vous l’avenir ?
BB : Les défis d’aujourd’hui seront là demain encore, et les changements qui ont déjà commencés vont s’accélérer davantage. Ce sera notre rôle non seulement de proposer les solutions adaptées, en y apportant l’urgence nécessaire, mais aussi d’impliquer chacun pour faciliter l’adoption de nouvelles habitudes.
HN : Il est essentiel de garder en tête que tout est étroitement lié. Ce n’est pas en abordant chaque thématique individuellement que nous serons pertinents et durables. Le défi est donc de proposer des solutions qui sont capables de répondre à tous ces domaines, de manière interconnectée. L’IA fait bien sûr partie de ces solutions prometteuses, à la fois pour la collecte et l’analyse des données. A nous de l’utiliser avec lucidité et responsabilité.
Article paru dans Lëtzebuerger Gemengen #268 – Photo : Yves Cortum